Invitée par Pascal T., aumônier au sein de cette prison où vivent 900 détenus (pour 600 places), en ce début d’après-midi du 14 octobre, je franchis les portes de ce grand centre pénitentiaire … une 1ère expérience !
Pascal est laïc franciscain de Rennes. Dans son parcours de redécouverte de la foi, il s’engage il y a quelques années sur la « Route d’Assise », une expérience inoubliable pour lui qui l’amène à s’engager au sein de l’aumônerie de la prison. Avec l’équipe d’aumônerie, il décide de proposer cette année aux détenus qui fréquentent les rencontres du mardi (entre 20 et 30), un « Pèlerinage de l’Espérance ».
Virtuellement, ils mettent leurs pas dans ceux d’un pèlerin qui marche de Vézelay à Rome et qui fait étape chaque mois dans un lieu emblématique de la foi et de l’espérance chrétienne. Un intervenant en lien avec le lieu vient témoigner de son engagement, de son charisme particulier.
Ce chemin d’espérance est devenu un rendez-vous mensuel pour les détenus ; ils ont vécu jusqu’alors de belles rencontres : un témoin de Vézelay, un frère de Taizé, un bénédictin vivant près de Cluny ; la plus remarquée a été celle de la Grande Chartreuse.

Pascal me partage sa démarche « J’avais sollicité le prieur de nous donner un témoignage à l’intention des détenus. Sachant leur clôture absolue, je n’y croyais pas trop. » Demandez, vous obtiendrez ». Le prieur a demandé à un des Pères de nous faire une lettre. Cette lettre établit un parallèle entre la vie de détenu et celle de Chartreux. Ils l’ont reçu comme un vrai soutient et un message d’encouragement et d’Espérance avec le Christ ».
En septembre, ce pèlerinage les amène à l’Alverne et le Frère Benoit DUBIGEON (OFM) est venu témoigner. Puis voici octobre et le pèlerinage nous amène à Assise. Pascal me fait appel pour cette étape ; seule témoin féminin parmi les témoins sollicités, Pascal compte sur ma présence : « Les détenus ont besoin de ce regard particulier, cette approche autre dans leur vie rude de détention ».

Après quelques photos retraçant la route entre l’Alverne et Assise, je leur partage les grandes étapes de conversion dans la vie de Saint François, comment progressivement il découvre ce que le Seigneur attend de lui ; puis des frères le rejoignent touchés par la spiritualité de François.
Après quelques mots sur qui est Sainte Claire, j’évoque leur héritage et comment de nos jours des frères franciscains et capucins, des clarisses, des laïcs franciscains et aussi des franciscaines de vie apostoliques vivent toujours de l’Esprit de Saint François.
Viens alors le moment de leur partager ma propre recherche avant d’arriver à un engagement religieux à la suite de Saint François … témoigner de la fraternité par notre vie partagée en petits groupe, du vécu avec les Petites Sœurs dans des cités populaires, de mon travail d’infirmière près des personnes âgées souvent délaissées de tous … Ils sont à l’écoute, posent des questions pertinentes et faisant le lien avec l‘Evangile pour ceux qui arrivent à le lire dans leur cellule. Progressivement je partage comment nous essayons de vivre la fraternité, quel est le sens de la minorité, de l’obéissance (l’un me demandant qui était chef chez nous ?), sens de la pauvreté et de la chasteté dans notre vie au cœur du monde … en quoi le Christ, Saint François peuvent nous aider à mieux vivre dans le monde d’aujourd’hui.
Nous aurions pu poursuivre encore l’échange un bon moment mais une sonnerie stridente retentie plus tôt que prévu comme souvent… C’est l’appel à regagner les cellules et pour nous de rejoindre la sortie. Dans le train me ramenant vers Lorient, je revoyais tous ces visages…, ces hommes certains bien jeunes, d’autres plus âgés mais porteurs d’une peine allant pour beaucoup de 20 à 30 ans de détention.
Merci Seigneur pour ces espaces d’humanité apportés par les aumôniers qui consacrent de leur temps chaque semaine près de ces hommes blessés.
Annie