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Le peuple pygmée, pèlerin d’espérance 


Cette année 2025 marque le 10ème anniversaire de la lettre encyclique dans laquelle le Pape lançait un appel pressant à l’Eglise aux quatre coins du monde, ainsi qu’à tous les hommes et femmes de bonne volonté, soucieux ensemble de sauvegarder notre « Maison Commune » fragilisée, et d’y vivre en harmonie, chaque être humain y jouant sa partition en toute dignité.

Dans l’esprit de Laudato Si, notre évêque, Mgr Jesus Ruiz Molina, a voulu faire naître au cœur de l’Eglise de la Lobaye une vraie dynamique pastorale de la population Aka. Onze des douze paroisses que compte notre diocèse de MBAÏKI ont en leur sein des campements Akas. Avec MONGOUMBA, BAGANDU…, la commune de NGOTTO, vaste géographiquement, constitue l’un des grands pôles Akas du diocèse.

Depuis de nombreuses années, nos Eglises, avec quelques soutiens, se sont largement engagées dans une aide à cette population pygmée sur le plan éducatif et sanitaire. Mais force est de constater que la discrimination des Pygmées par les populations villageoises, bien imprimée dans l’inconscient collectif, perdure : nos frères et sœurs de la forêt, avec leur vie à part, demeurent une main d’œuvre à bon marché au moment des travaux champêtres, leur statut de cueilleurs-chasseurs les fait parfois percevoir comme une communauté moins développée sur laquelle on peut exercer un pouvoir. Leurs modes de vie et comportements sont souvent dépréciés, alors qu’ils sont porteurs d’une sagesse ancestrale et sont les premiers habitants de notre territoire. En retour, la communauté Aka, se sentant dévalorisée et parfois humiliée, reste marginalisée dans ses rites et sa culture à part, conservant en elle cette image dépréciée.


D’année en année, notre fraternité des Petites Sœurs à Ngotto, s’est engagée notamment auprès des enfants, jeunes et familles Akas au niveau de la scolarisation ainsi qu’en appui aux soins médicaux. Nous sommes, entre autre, en charge du suivi des six classes d’intégration (CP1-CP2) qui ont été implantées au sein de campements, en zone de forêt, et scolarisent environ 200 jeunes enfants pygmées. 

Nous nous engageons surtout pour favoriser la continuité de la scolarisation de ces enfants au cours élémentaire et au-delà. C’est ainsi que nous suivons à NGOTTO, mais aussi dans les villages TOKODE, NGOLA, MBANGALI où sont implantées des écoles primaires paroissiales, une cinquantaine environ d’enfants Akas à qui nous essayons de faire réussir une scolarité primaire – et pour certains, secondaire. 

Nous logeons une quinzaine d’entre eux dans une maison à proximité de notre fraternité, garçons et filles à part. Pour mener à bien cette mission, nous sommes largement appuyées par l’association BATALI qui assure la rémunération des six maîtres des écoles d’intégration ainsi que par l’association BETTON-Solidarités et nos amis parisiens de Saint Vincent de Paul pour la subsistance des enfants internes et les mille petits besoins liés à la scolarité de ce petit monde. 


Tout cela a créé autour de la Fraternité une vraie dynamique, par laquelle enfants et jeunes, Akas et Bantous, évoluent ensemble, apprennent ensemble, jouent ensemble, cultivent ensemble… Une dynamique aussi qui change le regard des habitants du village et de la communauté chrétienne. « Les enfants des Sœurs » sont bien connus, ils sont reconnus et appréciés, ils rendent des petits services, participent aux activités des jeunes de la paroisse. A l’école, pas de différence avec les autres. Cette année, lors de la fête de remise des prix de fin d’année, l’un d’eux, Josué a été nommé 1er de sa classe ! Quelle fierté…

Dans le cadre de l’année jubilaire, le 24 mai 2025 a été particulièrement festif. Tout d’abord, il a été préparé par un Congrès diocésain des Akas à MBAÏKI début mai, auquel participait bien sûr une délégation de NGOTTO : deux mamans et un papa Akas, un laïc engagé de la Paroisse et une Petite Sœur. Maman Denise, du campement de Touandjio a eu la joie d’y retrouver son fils Mathurin, qui poursuit, dans le cadre d’un projet de notre évêque, sa scolarité à Mbaïki en classe de 5ème. Elle a été invitée à prendre la parole au cours de la cérémonie d’inauguration du nouvel internat de collégiens Akas. 

22 mai au soir : arrivée discrète de petits groupes en provenance de différents campements dispersés sur notre vaste paroisse : adultes et enfants, hommes et femmes. Joie des retrouvailles. 

La journée du samedi s’est déroulée en plusieurs temps : prière du matin à l’église avec la communauté chrétienne, petit déjeuner, matinée de conférence et d’échanges, entrecoupée de joyeuses pauses musicales. La plupart des échanges se sont exprimés en langue boffie, le dialecte local connu à la fois des populations pygmée et bantoue de notre zone. Bien sûr, les protagonistes étaient principalement nos frères et sœurs Akas, en particulier ceux qui avaient participé au Congrès diocésain, revenus revigorés et porteurs d’un message fort pour une réflexion dans leurs villages respectifs.

Nos écoliers, eux aussi, ont participé activement à l’animation et aux échanges, occasion pour leurs aînés de percevoir avec fierté combien l’école les éveille. 

Après cette riche matinée, une marche pacifique a sillonné le village de long en large, rassemblant, avec la délégation Aka, de nombreux paroissiens et habitants. Elle s’est terminée à la Mairie où nous attendaient les Autorités locales. De bonnes prises de parole, qui résumaient la réflexion du matin, ont été accueillies avec sérieux et admiration ; elles ont suscité des réponses intéressantes de la part des Autorités. 

La journée s’est conclue en beauté par des animations traditionnelles : chants, danses et saynètes dont nos frères Akas ont le secret. Le repas du soir était très attendu après tant d’énergie dépensée. 

Le dimanche matin, la messe dominicale a été l’occasion de célébrer ce Jubilé avec toute notre paroisse Sainte Famille.